August 1, 2021
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Jul292021

Pourquoi Oui Ă  la Consultation et Oui Ă  la question.

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Pourquoi Oui Ă  la Consultation et Oui Ă  la question.

Juillet 2021.

RÉSUMÉ : L’appel Ă  participer Ă  la Consultation se fait en pensant aux victimes. Aller aux urnes. Il est suggĂ©rĂ© que, si vous n’aimez pas le SuprĂȘme ou si vous soupçonnez, et Ă  juste titre, que votre participation soit utilisĂ©e pour lĂ©gitimer ceux d’en haut – ou qu’il s’agisse d’une rĂ©pĂ©tition pour une consultation postĂ©rieure sur l’extension du mandat de l’exĂ©cutif-, ou que ce soit un gaspillage d’argent (un de plus), ou que ce que veut le SuprĂȘme c’est nĂ©gocier avec ses ex [ les ex prĂ©sidents, ndt.] pour qu’ils diminuent d’un cran leurs Ă©nergies nĂ©gatives, ou que c’est simple et pure dĂ©magogie, alors n’allez pas aux urnes. Au lieu de cela, on vous propose d’écrire une lettre, individuelle ou collective, et que vous la fassiez parvenir Ă  une organisation de victimes, leur disant que vous respectez leur douleur et que vous les soutenez dans leurs exigences de vĂ©ritĂ© et de justice. Ou une chronique journalistique, un tweet, un commentaire sur votre blog, dans votre journal, sur votre facebook, sur instagram, peu importe oĂč. Ou une peinture, une chanson, une fresque, un poĂšme, un discours, une sonate, une pirouette, une figure, une piĂšce de thĂ©Ăątre, de l’art. Ou un article d’analyse, un colloque, un cours, une confĂ©rence, une pĂ©piniĂšre. Ou ce qui vous vient Ă  l’esprit. D’ailleurs, pour que votre dĂ©saccord soit plus clair, faites-le de façon extemporĂĄnea (1), c’est-Ă -dire un ou plusieurs jours aprĂšs le 1er aoĂ»t et continuez sur ce qui reste de l’annĂ©e et les annĂ©es qui suivent. On insiste pour que vous vous organisiez, car, peut-ĂȘtre sans le savoir, vous faites partie des futures et probables victimes des «dĂ©cisions politiques prises dans les annĂ©es prĂ©sentes et Ă  venir par les acteurs politiques» de l’État mexicain. C’est ça ou se rĂ©signer Ă  ce que, quand vous serez la victime, «l’acteur politique» responsable d’éviter que cela vous arrive, d’enquĂȘter, poursuivre et punir le ou les coupables, dĂ©clare que vous «l’avez bien cherché», qu’il condamne le fait et, bien sĂ»r, qu’il y aura enquĂȘte «jusqu’aux ultimes consĂ©quences et peu importe les tĂȘtes qui tombent» – tandis que votre nom et votre histoire personnelle, se convertiront en un numĂ©ro dans une statistique-.

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PremiĂšrement.- Les peuples zapatistes participeront, de façon extemporĂĄnea Ă  ladite «Consultation populaire», en suivant les us et coutumes des peuples originels , avec des assemblĂ©es communautaires. On fera parvenir le rĂ©sultat aux organisations de victimes de la violence, de recherche de disparus et de prisonniers de conscience. Ceux qui ont leur carte d’électeur de l’INE [Institut national Ă©lectoral] (en fait seulement quelques-un.e.s) iront Ă  un bureau de vote. Nous faisons SPÉCIALEMENT appel aux peuples originels frĂšres, organisĂ©s dans le CongrĂšs national indigĂšne-Conseil indigĂšne de gouvernement, selon leurs temps et leurs modes,  Ă  participer aussi, sans perdre de vue les victimes, et en gardant prĂ©sents tous les frĂšres assassinĂ©s et les communautĂ©s qui ont Ă©tĂ© victimes des dĂ©cisions de ceux d’en haut d’avant et de maintenant, ainsi que la longue histoire de spoliations, de mensonges, de moqueries et de mĂ©pris, de destruction de territoires et disparition de langues et cultures originelles.

DeuxiĂšmement : La question Ă  consulter ne concerne pas les ex-prĂ©sidents, ou pas seulement. Mais, il s’agit de tous les acteurs politiques : les exĂ©cutifs fĂ©dĂ©raux et leurs cabinets lĂ©gaux et Ă©largis; les gouvernements des États et municipaux; les dĂ©putĂ©s locaux et fĂ©dĂ©raux; les sĂ©nateurs; les juges et tout l’appareil judiciaire; les organismes dĂ©centralisĂ©s; les organismes autonomes ( anciennement l’IFE-Institut fĂ©dĂ©ral Ă©lectoral-, aujourd’hui INE); l’armĂ©e, forces aĂ©riennes et maritimes; les policiers fĂ©dĂ©raux, d’États et municipaux.

 Il ne s’agit pas non plus de juger ni de condamner personne. Il s’agit des droits des victimes, de leur droit Ă  la justice et Ă  la vĂ©ritĂ©.

 Leur droit de savoir pourquoi ont Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©es telles actions ou omissions, avec quelles lois leur a-t-on donnĂ© un fondement lĂ©gal. Et qui furent, ou sont, les responsables ou irresponsables, depuis le plus haut niveau jusqu’au plus bas. Cela serait la vĂ©ritĂ© et sa consĂ©quence serait la justice.

 Elles ne font pas partie de la consultation, ni l’une, ni l’autre. Ce qui est consultĂ© c’est si nous sommes d’accord pour soutenir les victimes qui exigent de savoir ce qui est arrivĂ©, pourquoi, et qui; et elles rĂ©clament justice.

 Quand on indique comme pĂ©riode temporelle «les annĂ©es passĂ©es», on en dĂ©duit que cela inclut jusqu’au 31 dĂ©cembre 2020. Et si les mois de janvier Ă  juillet 2021 sont «passĂ©s», et bien alors aussi.

  Si de ces exigences de VĂ©ritĂ© et Justice dĂ©coule quelque chose de plus qui ne soit pas une simulation, cela dĂ©pend des victimes, de leurs familles et de ceux qui les soutiennent. 

TroisiĂšmement.- Les risques. Oui, il est plus que probable que, tant le pouvoir en place que «l’opposition» au Mexique, se servent de la participation Ă  la consultation et de son rĂ©sultat. Que ce soit comme une maniĂšre de lĂ©gitimer leur politique gouvernementale, ou comme un argument pour cacher leurs fautes et Ă©chapper Ă  la justice. Autant le nombre de participants «contemporains», que les rĂ©ponses, peuvent ĂȘtre dĂ©tournĂ©es par l’un ou l’autre cĂŽtĂ©. Mais ceci ne durera qu’un temps.

  Pour nous, l’important est que les victimes se sentent accompagnĂ©es et rĂ©confortĂ©es dans leur douloureux cheminement. Mais il ne revient qu’à elles, et Ă  elles seules, de dĂ©cider de leur allure, de leur rythme, de leur vitesse, de leur accompagnement et de leur destination.

  Oui, il y a aussi le risque que le pouvoir en place utilise cette consultation populaire pour cautionner les fausses «consultations» avec lesquelles il a dissimulĂ© le caractĂšre prĂ©dateur de ses mĂ©ga-projets sur les territoires des peuples originels. Bon, ces «consultations» n’en Ă©taient pas. Il s’agissait de convois honteux de gens manipulĂ©s et avec des rĂ©sultats ridicules. Ils ont fait du chantage et ont payĂ© pour obtenir l’accord et, mĂȘme ainsi, ils ont Ă©chouĂ© en ce qui concerne la participation. Elles n’ont pas Ă©tĂ© prĂ©alables, ni informĂ©es, ni libres, ni en accord avec les coutumes et les temps des peuples originels. Mais dans le cas oĂč, un jour, les peuples originels Ă©taient consultĂ©s, et qu’on les informait bien des avantages et des inconvĂ©nients, que ces consultations se tenaient AVANT la mise en Ɠuvre des mĂ©ga-projets, que TOUTES les personnes affectĂ©es y participaient, etc., et que gagnait la proposition de destruction de la nature et  l’anĂ©antissement des peuples originels en tant que tels, et bien, la conclusion serait qu’un travail d’explication et de persuasion aurait fait dĂ©faut, et qu’il faudrait continuer d’insister. Et pendant ce temps ? RĂ©sistance et RĂ©bellion.

  Bien sĂ»r, cette consultation peut aussi ĂȘtre une mascarade
 si nous ne la rendons pas inopportune, impropre, inconvenante, «extemporĂĄnea». C’est-Ă -dire, si nous ne la transformons pas en quelque chose d’autre. MĂȘme s’il faudrait, d’abord, se soustraire Ă  ce qu’ils disent et dĂ©battent lĂ -haut ; et ensuite continuer avec des rencontres, des forums, des festivals, du soutien aux victimes. Une campagne nationale pour la vĂ©ritĂ© et la justice. En somme, un «accompagnement», pas une «direction».

QuatriĂšmement.- Ne serait-ce pas une bonne chose que les MĂšres Ă  la recherche de Disparus de l’État de Sonora, les Traqueuses d’El Fuerte, Sinaloa, les mĂšres des Yaquis sĂ©questrĂ©s, les dĂ©placĂ©s de PantelhĂł, les familles de disparus  dans les États de Guerrero, Guanajuato, Veracruz, Basse Californie du Sud, QuerĂ©taro, Jalisco, Coahuila, Morelos et de presque tous les Ă‰tats de la RĂ©publique mexicaine, ainsi que les familles des migrants immolĂ©s au Mexique, les familles des disparus d’Ayotzinapa, rencontrent



 les familles des victimes de la guerre sale, avec les familles des enfants qui ont un cancer et pas de médicaments, avec les femmes agressées à Atenco, avec les mouvements féministes qui luttent contre les féminicides et la violence contre les femmes, avec les défenseur.e.s de la communauté LGBTTTIQ+, avec les familles de la crÚche ABC, avec les familles des morts de la ligne 12 du métro de la ville de Mexico,


  
 avec la famille de Samir Flores Soberanes et avec celles et ceux qui s’organisent pour rĂ©sister Ă  la centrale thermoĂ©lectrique dans l’État de Morelos, avec les communautĂ©s qui rĂ©sistent Ă  la spoliation et Ă  la destruction que reprĂ©sente le mal nommĂ© «Train Maya», le Corridor Trans-isthmique, l’aĂ©roport de Santa Lucia, l’extraction miniĂšre Ă  ciel ouvert ou fermĂ©e, avec les organisations pour les prisonniers et les disparus politiques, avec les Abejas d’Acteal, avec les survivants d’El Charco, avec les proches de Tomas Rojo et de SimĂłn Pedro, et avec tant de douleurs organisĂ©es ou
non ? 

  Pensez Ă  cette personne qui se trouve seule, Ă  la recherche de son ĂȘtre cher sans d’autre forces que celles de son ventre et de son cƓur et qui, en plus, doit supporter les moqueries et les mĂ©pris d’autres qui lui disent «elle le mĂ©ritait», «il.elle Ă©tait sorti.e du droit chemin», «tu te plains parce que tu fais partie de la mafia du pouvoir», «c’est de ta faute parce que tu ne l’as pas bien Ă©levĂ©.e».

  Et ils ne la laissent mĂȘme pas rĂ©pondre : «Ma fille est allĂ©e faire une course au coin de la rue et elle n’est plus revenue», «elle est allĂ©e Ă  une fĂȘte», ou «ma petite fille avait moins de 10 ans», ou «mon mari rentrait du travail et ils l’ont tuĂ© deux fois : une fois par balles, l’autre avec le mensonge qu’il Ă©tait dĂ©linquant», ou «au lieu de recevoir une photo de ma fille, de mon fils, recevant son diplĂŽme, on m’a remis le rĂ©sultat d’un test ADN et un bout d’os enveloppĂ© dans un lambeau du vĂȘtement qu’elle, il portait ce jour-lĂ , cet aprĂšs-midi, cette nuit, qui depuis n’en finit pas».

    Ou mĂȘme pas cela : le non-lieu, ni vivante ni morte, disparue.

  Ne saura-t-elle pas, ainsi, qu’elle n’est pas seule ? Ne dĂ©couvrira-t-elle pas, ainsi, qu’elle n’est pas seule dans la douleur, mais aussi qu’il y en a d’autres qui cherchent la vĂ©ritĂ© et la justice ?

  Ne dĂ©couvrira-t-elle pas, ainsi, la mĂȘme chose que nous, les peuples zapatistes ? À savoir : que les douleurs ne s’additionnent pas, mais qu’elles se multiplient quand elles se rencontrent.
  Le risque ne sera pas que le pouvoir en place ou que l’opposition se servent de ces rencontres Ă  leur profit. Mais qu’on ne respecte pas cette douleur dĂ©jĂ  organisĂ©e, et qu’on prĂ©tende la diriger vers un autre but qui ne soit celui d’atteindre la vĂ©ritĂ© et la justice que tout ĂȘtre humain, indĂ©pendamment de sa race, de sa couleur, de sa culture, de sa croyance, de son genre, de son orientation ou prĂ©fĂ©rence sexuelle, de sa filiation ou idĂ©ologie politique, de sa classe sociale, mĂ©rite et nĂ©cessite.

  Parce qu’il ne suffit pas de se contenter de dĂ©plorer un nouvel assassinat, une nouvelle disparition, une nouvelle fosse commune avec des ossements et des lambeaux de tissus. Les dĂ©nonciations publiques Ă©touffĂ©es par le dernier scandale Ă  la mode ne suffisent pas. Une statistique, un numĂ©ro, un oubli ne suffisent pas.

  Cette femme mĂ©rite de connaĂźtre la vĂ©ritĂ©. Que s’est-il passĂ© avec son petit et pourquoi. Et elle mĂ©rite, non seulement d’ĂȘtre accompagnĂ©e dans sa recherche de vĂ©ritĂ©, mais aussi dans l’exigence de chĂątiment des responsables de ces crimes.

  Cette gĂ©ographie qu’on appelle le «Mexique» mĂ©rite de connaĂźtre la vĂ©ritĂ© de ce qu’il s’est passĂ© et de ce qu’il se passe. Et elle mĂ©rite justice. Que ce soit pour les Â«chairos» ou les «fifĂ­s»(2), les nĂ©olibĂ©raux ou les nĂ©oconservateurs, les pro4T ou les anti4T,(3) ou pour toute autre dichotomie qui vous viendrait Ă  l’esprit.

  Mais, malgrĂ© tout : si vous dĂ©cidez que non, que participer Ă  cette autre consultation ne servira Ă  rien de bon, cela signifie peut-ĂȘtre que vous ĂȘtes en train de faire quelque chose d’autre et de mieux.

CinquiĂšmement.- La classe moyenne et la Consultation.  Originaire que je suis de la classe moyenne, je sais qu’on nous catalogue et qu’on nous met dans des cases selon les intĂ©rĂȘts d’en haut. On nous classifie tellement comme classe moyenne qu’on ressemble Ă  des clefs anglaises : il y a quinze seiziĂšmes, un quart, trois huitiĂšmes, dix-neuf trente-deuxiĂšme, six heures moins le quart-mon-dieu-qu’il-est-tard, moyenne classe moyenne-moyenne – ce qui est dĂ©jĂ  le comble-, et ainsi de suite. Â«Tu l’as vu celle-lĂ  qui se croit trĂšs treize seiziĂšme mais elle n’arrive mĂȘme pas Ă  trois huitiĂšmes, la pauvre ?
 et cet autre-lĂ , qui du jour au lendemain est montĂ© quasi cinquante soixante-deuxiĂšme, il vire sĂ»rement narco
 ou, pire, politicien».

  Ou, comme nous classifient les orthodoxes : petit-bourgeois. Et lĂ , opĂšre un systĂšme similaire : nano bourgeois, micro bourgeois, mini bourgeois, bourgeois quasi petit, petit-bourgeois proprement dit, bourgeois en processus de dĂ©veloppement, et bourgeois entre chien et loup 
 oui, le hot dog sans mayonnaise, s’il vous plaĂźt. Moi, par exemple, je n’arrive mĂȘme pas Ă  ça : je suis Ă  peine un «pequebĂș».(3) Mais comme dirait le dĂ©funt : «tout dĂ©pend de la marque et du modĂšle de smartphone avec lequel tu prends le selfie».

  On nous attribue aussi les Ă©checs et dĂ©viations des diverses options politiques du spectre idĂ©ologique, et aucun de leurs accomplissements.

  Je comprends, et souvent, partage l’irritation et l’indignation causĂ©es par les dits et dĂ©dits qui sortent des latrines de lĂ -haut, par les insultes mal dissimulĂ©es, et par les attaques de personnes qui, Ă©tant de la classe moyenne, s’autoproclament maintenant «avant-garde» du peuple et «illuminĂ©s» qui guident et conduisent le troupeau. Et qui, comme tels, mĂ©prisent le savoir, l’intelligence, la crĂ©ativitĂ©, l’ingĂ©niosité  et le sens de l’humour. En plus de prĂ©tendre que les sciences et les arts militent dans leur option politique
 ou ne sont ni sciences, ni arts. D’ailleurs, ma premiĂšre rĂ©action a Ă©tĂ© de rĂ©sumer notre position ainsi : «Du gouvernement qui fait des tombolas qui ne sont pas des tombolas et des trains mayas qui ne sont pas mayas, maintenant : la consultation qui n’est pas consultation. Organise-toi plutĂŽt !»

  Mais l’opposition idiote et cynique rĂŽde aussi. Les soudaines «prises de conscience» des ex-gouvernants criminels qui, mĂ©prisant la mĂ©moire, sont maintenant les paladins de la dĂ©fense des droits humains, des communautĂ©s originelles, de l’environnement, et qui critiquent les politiques Ă©conomiques gouvernementales aprĂšs s’ĂȘtre fatiguĂ©s de voler et de spolier.
La supposĂ©e «opposition», incapable de se vanter d’un quelconque accomplissement, mise tout sur les erreurs et inepties des autoritĂ©s -qui sont nombreuses-. Et, bien entendu, ils misent sur l’oubli, la mĂ©moire ensevelie sous les cris des rĂ©seaux sociaux, les Ă©ditos et le maniement pervers de l’information. Car les mal nommĂ©es «fake news» ne sont pas seulement des informations fausses, elles sont la manipulation d’une information. L’alchimie qui les convertit, non en crĂ©dibles, mais en digestibles. Et, surtout, en munition pour les «hĂ©roĂŻques» combats sur les rĂ©seaux sociaux et les mĂ©dias.

  Et, il se peut que, par dĂ©sespoir, on choisisse l’un ou l’autre camp.

  Mais, si vous parvenez Ă  vous soustraire de cette malĂ©diction, ne serait-ce que pour un moment, dirigez votre regard vers les victimes. 

  Si vous n’ĂȘtes pas une des victimes, une de plus, et n’avez pas formĂ© une police communautaire, et bien alors, les probabilitĂ©s vous harcĂšlent et vous feriez bien de vous prĂ©parer.

  Si vous ne le faites pas par empathie et sensibilitĂ© humaine, faites-le au moins pour, comme on dit, «aujourd’hui c’est toi, demain ce sera moi».

  Les statistiques de criminalitĂ© peuvent servir, certes, pour critiquer une politique de gouvernement; mais ce sont surtout un avertissement : «tu es le suivant».

  Organisez-vous. Dans cette gĂ©ographie appelĂ©e Mexique pourrait bien naĂźtre une organisation de futures et probables victimes des «dĂ©cisions politiques prises par les acteurs politiques​​».

SixiĂšmement.- Participez Ă  la dĂ©nommĂ©e Consultation Populaire. Si vous ne voulez pas que votre sentiment soit utilisĂ© par certains ou par d’autres, n’allez pas aux urnes. Criez, rayez, peignez, chantez, dansez, faites des grimaces, gardez silence, marchez, courez, restez tranquille. DĂ©cidez quoi, et faites-le savoir aux victimes. Et faites-le aprĂšs le 1er aoĂ»t
 toute l’annĂ©e et les annĂ©es qui suivent.

  Ou, mettez-vous d’accord avec d’autres et analysez, discutez, dĂ©battez. Si vous voulez, Ă©crivez, dans une sorte d’acte ou lettre commune, votre dĂ©cision unanime ou divisĂ©e, et envoyez-la Ă  une organisation de familles de victimes (je doute que vous n’en ayez pas une dans votre gĂ©ographie). Rappelez-vous que l’INE ne fait pas le dĂ©compte de sentiments, solidaritĂ©s, fraternitĂ©s, rĂ©clamations de vĂ©ritĂ© et de justice.

  Et peu importe votre Ăąge, ou si vous ĂȘtes extemporĂĄnea ou contemporain, si vous ĂȘtes en haut, en bas ou au milieu, si vous ĂȘtes «chairo» o «fifí», si vous aimez les cumbias ou le rock, si vous regardez des animĂ©s ou des westerns, si vous ĂȘtes hĂ©tĂ©ro ou «finalement, Ă  toi qu’est-ce que ça peut te faire ce que je suis ou ne suis pas».

  Ne le faites pas parce que vous soutenez le gouvernement ou parce que vous vous y opposez. Faites-le, mĂȘme si ce n’est que pour dire Ă  cette femme qui pleure l’absence de son.sa partenaire, son.sa petit.e, sa soeur, sa mĂšre, son proche, sa connaissance, son amie, sa compagne, son amour, que sa tenace recherche de vĂ©ritĂ© et de justice, son acharnement, sa douleur, son cauchemar, ne vous sont pas passĂ©s inaperçus.

  Faites-le, car, peut-ĂȘtre, derriĂšre les classifications, les drapeaux, les boucliers et consignes, vous ĂȘtes un ĂȘtre humain.

Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.

SupGaleano
Sans Papiers. (en français dans le texte)
Ni contemporain ni extemporĂĄneo

(1)«extemporĂĄneo» signifie « qui est inopportun, inconvenant », ou « qui est inappropriĂ© au moment oĂč il se produit». cf. http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2021/07/19/la-extemporanea-et-une-iniciative-nationale/

(2) Termes populaires à la mode depuis la 4T, presque toujours employés péjorativement pour classifier les personnes selon leur classe sociale; les «chairos» étant plus proches des classes populaires et les «fifís» les plus éloignés.

(3)”La 4Ăšme Transformation”, ou 4T : politique de LĂłpez Obrador, actuel prĂ©sident du Mexique.

(4) Contraction de «pequeño», «petit» et «burguĂ©s», «bourgeois», peut-ĂȘtre en rĂ©fĂ©rence au personnage du conte Ă©ponyme de Mario Benedetti ?

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Fuente: Enlacezapatista.ezln.org.mx